Née dans le sillage d’une quincaillerie familiale, Wirquin a progressivement bâti sa réputation sur l’innovation. Chasses d’eau, siphons, bondes ou raccords… Une succession d’inventions devenues des références du marché, et une culture de l’innovation qui irrigue encore aujourd’hui les ateliers de Carquefou.

Chez Wirquin, certaines innovations sont nées d’une coupure d’eau, d’un stylo bille ou même d’une paille. Cela pourrait ressembler à une légende urbaine, pourtant ceux qui ont côtoyé Daniel Le Coënt assurent que c’est précisément ainsi que les choses se passaient.
« Daniel est un inventeur. Il observe énormément ce qui l’entoure. Il est capable de transformer un détail du quotidien en une solution », résume Laurence Guillon-Fradet, responsable marketing et communication France. L’histoire commence pourtant bien avant les siphons et les bondes de douche. En 1958, Henri Wirquin fonde une quincaillerie nantaise spécialisée dans les équipements sanitaires. À la fin des années 1960, son gendre Daniel Le Coënt, mari de Marie-Laure Wirquin, s’intéresse à la fabrication de mécanismes de chasse d’eau en plastique. Quelques années plus tard, une première unité de production voit le jour à Carquefou avant la création officielle de la société Wirquin en 1977.
Quand une simple paille devient le Magicoude
Au fil des décennies, Wirquin construit sa réputation autour d’une série d’innovations devenues des références du marché. La chasse d’eau à double commande 3/6 litres apparaît en 1989, bien avant que les économies d’eau ne deviennent un sujet majeur. Quelques années plus tard arrive la bonde Quick Clac, dont le fonctionnement est inspiré par le mécanisme d’un stylo bille rétractable. Puis viennent le Magicoude, les siphons à membrane, les bondes extraplates ou encore les systèmes de vidage gain de place.
L’anecdote du Magicoude est devenue emblématique chez Wirquin. En observant des enfants boire avec une paille, Daniel Le Coënt imagine un raccord capable de s’orienter dans différentes positions pour simplifier les raccordements.
Cette manière de concevoir les produits reste profondément ancrée dans l’entreprise. « On n’a jamais eu peur de bousculer les codes. Chez Wirquin, on préfère essayer, quitte à se tromper, plutôt que reproduire ce qui existe déjà », explique Laurence Guillon-Fradet.
L’innovation n’est toutefois pas toujours un long fleuve tranquille. Dans un secteur très normé, certaines nouveautés peinent parfois à trouver immédiatement leur place. La bonde de douche extraplate Slim en est un contre-exemple. Lors de son lancement, le marché des receveurs extraplat commence tout juste à décoller. Le timing s’avère finalement parfait et le produit devient l’un des symboles de la capacité du fabricant à anticiper les évolutions du marché.
La transmission de la culture
Près de cinquante ans après la création de l’entreprise, le fil familial n’a jamais été rompu. Depuis 2008, Grégory Le Coënt représente la troisième génération à la tête de l’entreprise. Pourtant, Daniel Le Coënt reste toujours présent au siège de Carquefou. Son influence continue de se faire sentir dans les réflexions produits et les projets d’innovation. Cette continuité familiale constitue l’un des marqueurs de Wirquin.
Les seuls actionnaires sont les membres de la famille. Les fistons Anthony, Gwënhaël et Grégory Le Coënt participent ou ont participé à l’aventure. Les décisions se prennent localement, sans pression ni arbitrages d’investisseurs extérieurs.
« Dans une entreprise familiale, il existe un sentiment d’appartenance très fort. On se sent impliqué dans ce que l’on construit », estime Laurence Guillon-Fradet, présente dans l’entreprise depuis seize ans.
Cette culture « familiale » se retrouve également dans le développement produit. Les installateurs sont régulièrement sollicités lors des phases de conception. Sessions d’observation, tests terrain, échanges avec les artisans et retours d’expérience alimentent le travail des équipes de recherche et développement.
Carquefou, le cœur industriel du groupe
Le virage international engagé au cours des années 2010 a profondément transformé le groupe. Wirquin dispose aujourd’hui de sites de production en Roumanie, en Russie, en Afrique du Sud et en Chine. L’entreprise emploie 860 collaborateurs à travers le monde dont 250 en France.
Le site carquefolien reste le centre de compétences du groupe pour les mécanismes de chasse d’eau, les siphons et les solutions de vidage. Une grande partie des produits destinés au marché français y sont conçus.
Sur les 16 000 m² du site, dont près de 7 000 m² d’entrepôt, les équipes transforment chaque jour entre cinq et sept tonnes de granulés plastiques. L’usine produit notamment la bonde Slim+, devenue l’un des produits emblématiques de la marque. L’organisation repose essentiellement sur l’injection plastique. Plus de quinze matières différentes sont utilisées et la traçabilité est assurée tout au long du processus de fabrication.
« Nous essayons de sourcer le plus possible en France. Ça a un coût mais ça a une valeur », souligne Sylvain Moquet, responsable industriel de Wirquin.
Une usine où les salariés restent
À Carquefou, l’industrie se raconte aussi à travers les femmes et les hommes qui la font vivre. L’ancienneté moyenne atteint 13,5 ans. Plus d’un tiers des collaborateurs affichent plus de vingt ans de présence dans l’entreprise. Certaines familles comptent plusieurs générations passées par l’usine. Les postes de travail ont progressivement été adaptés afin de réduire la pénibilité. Tables réglables en hauteur, aides à la manutention, ventilation, équipements ergonomiques, amélioration continue des postes de travail. Les opérateurs sont régulièrement sollicités pour faire remonter leurs suggestions. « Mon rôle, c’est aussi de donner du sens aux équipes », résume Sylvain Moquet. L’entreprise accueille également des alternants et des stagiaires, avec une volonté assumée de transmettre les savoir-faire industriels. Un atelier protégé permet par ailleurs d’intégrer durablement près de 60 collaborateurs en situation de handicap.
Toujours regarder devant
Dans un secteur où beaucoup d’acteurs revendiquent la tradition, Wirquin continue d’afficher une préférence pour le mouvement. Le fabricant travaille désormais sur l’intégration de matières recyclées dans ses produits, le développement de solutions plus sobres en eau et l’amélioration continue de ses process industriels. L’usine de Carquefou vise notamment une part majoritaire de matières recyclées dans sa consommation de plastique. Cette capacité à remettre en question l’existant reste sans doute l’héritage le plus visible laissé par Daniel Le Coënt…
L'article est à retrouver dans le dernier numéro de L'Installateur