« Touche pas à ma chaudière ». Ce sera peut-être bientôt le slogan de toute une profession en proie à l’incompréhension. À Lille où se sont clôturées ce jeudi les Journées professionnelles de la construction de la Capeb, la filière a affiché un front uni contre le projet d’interdiction des chaudières gaz.

Devant un parterre de plombiers-chauffagistes de la France entière, Jean-Claude Rancurel, leur chef de file au sein de la Capeb, animait une table ronde sur ce sujet brûlant avec à ses côtés un casting de choc venu défendre la cause de la chaudière gaz et, au-delà, de la mixité et de la complémentarité des énergies : Brice Febvre (directeur délégué marché grand public GRDF), Romain Ruillard (directeur général association PG), Audrey Galland (directrice générale France Gaz Liquides) et Jean-Charles Colas-Roy (président de Coénove), rejoints en cours de route par Jean-Christophe Repon, président de la Confédération artisanale.
Pour résumer le contexte, désormais bien connu de tous : la France (mais aussi d’autres pays européens), vise la neutralité carbone à horizon 2050. Le secteur du bâtiment doit prendre sa part au processus et la fin des énergies fossiles est un des leviers pour atteindre cet objectif. Le mouvement est déjà enclenché avec les chaudières au fioul domestique. S’agissant du gaz, ce qui n’était encore qu’une rumeur en début d’année a pris une nouvelle résonance depuis l’évocation fin mai par la Première ministre d’une prochaine élimination des chaudières gaz. Le 5 juin, une concertation a été lancée avec l’ensemble des parties prenantes, concertation dont les conclusions à l’automne orienteront la prochaine loi de programmation énergétique. Petit rappel utile, dans le cadre de cette concertation, tous les professionnels peuvent donner leur point de vue sur une plateforme ouverte en ligne jusqu’au 28 juillet (http://enquetes-en-ligne.developpement-durable.gouv.fr/index.php/395843?lang=fr). Ne vous en privez, c’est l’occasion ou jamais de vous exprimer.
Face aux plombiers-chauffagistes de la Capeb, les participants à la table ronde se sont montrés de vibrants avocats de la chaudière gaz, appelant à « une très forte solidarité » entre tous les acteurs. «La menace est réelle », a lancé Jean-Charles Colas-Roy (Coénove). «Les objectifs de rénovations globales performantes n’étant pas atteints, les pouvoirs publics mettent la pression sur les chaudières gaz. C’est contre-productif parce que l’on va mettre des installations neuves de chauffage dans des bâtiments qui ne sont pas rénovés au risque de les surdimensionner et d’accroître la pointe hivernale ». « C’est également contre-productif vis-à-vis du message que l’on envoie sur le gaz vert », déplore-t-il. La Capeb a d’ailleurs profité de ces JPC pour montrer son engagement en faveur du gaz renouvelable en signant la charte « Mention gaz vert ». Une démarche qui consiste entre autres à apposer un sticker « Compatible gaz vert » sur la chaudière de son client. « C’est un moyen d’engager la discussion avec le client, lui rappeler que son installation est 100 % compatible gaz vert, sans changement. C’est un acte militant, l’idée étant de gagner la bataille de l’opinion », ajoute Romain Ruillard (Association PG). Jean-Claude Rancurel appuie : «A la Capeb, nous avons toujours défendu la mixité des énergies. Dire que l’on peut remplacer toutes les chaudières par des PAC c’est simpliste. Mettons en avant toutes les solutions dont le gaz vert et l’hybridation ». « Et faisons confiance aux professionnels qui installent, qui savent sur le terrain quelles sont les bonnes solutions à installer chez les particuliers», ajoute Jean-Charles Colas-Roy.
Audrey Galland, de son côté, faisait part de se « stupéfaction » en découvrant que le texte de la concertation ne faisait à aucun moment référence aux gaz liquides, butane et propane, y voyant « une méconnaissance des territoires ruraux qui, demain, ne pourront pas se chauffer uniquement à la biomasse ou à la géothermie ». Et d’ajouter que ces chaudières en place peuvent tout à fait être converties au bio-propane.
Jean-Christophe Repon, pour sa part, constate que le message envoyé aux particuliers sur la disparition de la chaudière est très compliqué à porter, alors que celle-ci était encore subventionnée l’an dernier. « Pour autant, cela ne nous interdit pas de nous remettre en question. On ne cherche pas à sauver une profession corporatiste », nuance-t-il, préférant montrer le visage d’une profession capable d’évoluer, de se montrer vertueuse et capable d’atteindre les objectifs de décarbonation.
Le mot de la fin à Brice Febvre : « Nous sommes dans le temps de la mobilisation, il faut jouer collectivement. Nous avons chacun un rôle pour expliquer qu’une autre voie est possible ».
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