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Roland Bouquet (Synasav) : "La maintenance est au cœur des enjeux de décarbonation !"

13 JUIN 2024 - CFP

Le président du syndicat de la maintenance et des services en efficacité énergétique, Roland Bouquet, a ouvert ce jeudi le congrès du syndicat qui s’est tenu au Palais d’Iéna à Paris devant près de 500 congressistes.

roland bouquet

« Avec un printemps 2024 qui ressemble à un automne, et chaque année qui apporte son lot d’épisodes climatiques toujours plus intenses… La bascule climatique est engagée ! », s’est exprimé Roland Bouquet, président du Synasav, en ouverture du congrès du syndicat ce jeudi 13 juin. Il a dans un premier temps évoqué les projections du Conseil national de la transition écologique et l’hypothèse d’un réchauffement climatique pouvant aller jusqu’à + 4 °C en France métropolitaine d’ici la fin du siècle. « Voulons-nous le climat de Séville à Marseille ? Celui de Montpellier à Paris ? Cela donne à réfléchir. Nous connaissons les origines de la bascule climatique, ce sont les émissions de gaz à effet de serre, et la majorité de ces gaz provient des activités humaines ».

Le président a rappelé que le bâtiment est le 2e secteur le plus émetteur de gaz à effet de serre avec 19 % des émissions et que la SNBC s’était fixée des objectifs très élevés pour le bâtiment, à savoir diviser par deux ces émissions entre 2015 et 2030, avant d’atteindre la neutralité carbone à 2050. « Réduire l’empreinte carbone du bâtiment passe par des actions coordonnées autour des économies d’énergie ; et la maintenance est au cœur des enjeux de la décarbonation ! »

Le mainteneur ? « Acteur essentiel de la décarbonation »

Le président a appuyé sur le fait que les experts de la maintenance sont de véritables acteurs de la décarbonation. « Oui, nous sommes les experts de la maintenance et acteurs de la décarbonation. Une entreprise de maintenance décarbone depuis toujours, parfois sans le savoir ou, surtout, sans le faire savoir. Nos entreprises doivent relever ce défi de la décarbonation ». Roland Boulet a insisté sur l’importance d’un entretien annuel pour les équipements de génie climatique, comme les pompes à chaleur. Il a également tenu à apporter son soutien au maintien des aides MaPrimeRénov’ pour les chaudières THPE. « Le dispositif MaPrimeRénov’ a du sens. Mais quid de son efficacité quand on sait qu’il a été bouleversé 14 fois depuis sa création ? Nos entreprises ont souffert de ces changements bruts. Le maintien des aides pour les chaudières serait une bonne nouvelle quand on sait que le combustible devient de plus en plus vert… »

Peur sur la TVA à 5,5 %

Autre actualité chaude du moment : l’augmentation de la TVA sur l’installation des chaudières THPE gaz. Roland Bouquet réclame le maintien de ces dernières dans la liste des équipements bénéficiant du taux réduit à 5,5 % pour la fourniture et de pose. « J’ai une bonne nouvelle : la TVA à 5,5 % est maintenue pour les prestations de maintenance. C’était un de nos principaux objectifs pour ce geste vertueux ». Quid de la fourniture et de la pose ? « La nouvelle est moins bonne », déplore Roland Bouquet. Un projet d’arrêté soumis aux acteurs de la construction doit entrer en application le 1er juillet et redéfinit la liste des équipements éligibles à la TVA à taux réduit de 5,5 %. La chaudière THPE gaz n’en fait plus partie et la TVA grimpe à 10 %. « Nous sommes à la mi-juin, une application au 1er juillet 2024 n’est pas réalisable à si court terme. Je tiens à souligner notre désarroi sur le rythme effréné de cette réforme. C’est problématique. Si cela entre en application, comment nos entreprises vont-elles s’adapter sur le plan commercial ? Les délais sont trop courts. Qu’en est-il des devis en cours ? Le calendrier imposé n’est pas tenable : nos entreprises ont besoin de temps pour s’organiser et mettre à jour leurs outils informatiques, leurs barèmes commerciaux, leurs sites internet à destination de leurs clients. Nous demandons que soit revue cette mise en application a minima au 1er janvier 2025. Et pourquoi pas appliquer une TVA à 5,5 % avec un contrat de gaz vert ? » Roland Bouquet a affirmé que le Synasav suivait ce dossier très attentivement auprès des pouvoirs publics.

Il a rappelé qu’une telle mesure serait donc discriminatoire pour un certain nombre de foyers ne pouvant pas bénéficier d’économies d’énergie et, de fait, les exclure de la contribution à la décarbonation. Pour rappel, le remplacement d’une chaudière d’ancienne génération par une chaudière THPE permettrait jusqu’à 30 % d’économies de combustible. « L’entretien régulier prolonge la durée de vie des équipements et réduit les consommations de 8 à 15 % pour les chaudières et les pompes à chaleur », a conclu le président.

 


 

En exclusivité : les résultats de l’Observatoire du Synasav

L’après-midi du congrès a démarré avec la présentation des résultats d’une enquête BVA commandée par le syndicat de la maintenance : l’Observatoire Synasav du chauffage et de la climatisation dans l’habitat en France. Installation, maintenance et remplacement d’appareils, tendances et perspectives ont été passées au crible auprès d’un échantillon de 2 000 personnes représentatives des ménages français, du 29 avril au 13 mai dernier. S’il existe des évolutions vers la décarbonation allant dans le bon sens, elles restent lentes. 10 % des interrogés ont changé de système de chauffage dans les deux dernières années, la pompe à chaleur bénéficiant le plus de ces remplacements. 12 % envisagent de le faire dans l’année à venir. Côté climatisation, le Synasav observe un potentiel non négligeable. Sur les 35 % des ménages interrogés possédant une climatisation, 12 % ont opté pour une Pac air/air, 14 % pour une clim fixe et 12 % pour une climatisation mobile. Dans un an, le taux de possesseurs de climatisation devrait passer à 51 % avec 14 % pour une Pac air/air, 24 % pour une climatisation fixe et 16 % pour une climatisation mobile.

Les changements de systèmes de chauffage sont motivés par des enjeux techniques et économiques. Si les conseils d’un professionnel représentent 20 % des intentions, les facteurs déclenchants principaux demeurent la hausse des coûts de l’énergie ou le souhait de changer d’énergie (44 %) ainsi que les aides publiques ou interdictions à venir (30 %). Facilité d’utilisation et confort de chauffe représentent à eux deux 62 % des intentions, 59 % étant liés au coût de revient.

Du côté des acteurs principaux dans le choix de l’équipement, on retrouve à 25 % le professionnel de maintenance, à 23 % le vendeur et à 18 % l’artisan habituel. Et en termes de satisfaction, les pros sont plutôt bien côtés : 89 % des ménages sont satisfaits de l’équipement installé, 81 % des conseils et informations sur l’installation, 81 % des conseils et informations sur l’entretien, 80 % de l’installation de l’équipement.

Avec un pouvoir d’achat de plus en plus contraint, les ménages sont 85 % à suivre leur consommation d’énergie au moins une fois par trimestre. Ils sont par ailleurs 84 % à réaliser au moins un des écogestes « toujours ou presque » : 59 % règlent leur chauffage à 19 °C ; 58 % éteignent les appareils en marche ou en veille ; 42 % utilisent les appareils électriques en dehors des heures de pointe ; 41 % règlent leur chauffe-eau à 55 °C. Dans cette continuité, ils sont ouverts à une consommation plus responsable : 55 % des propriétaires sont intéressés par des pièces reconditionnées en cas de panne ; 48 % par des offres d’équipements d’occasion ; 46 % par du matériel reconditionné ; 33 % par des offres de leasing ou de location d’équipements.

Bémol de ces résultats d’enquête : si l’entretien est plébiscité pour ses bénéfices économiques, environnementaux et sanitaires (81 % disent qu'il permet de faire des économies, 79 % de faire un geste pour l'environnement, 78 % d'améliorer la QAI), une part élevée des ménages pensent qu’ils peuvent le faire eux-mêmes (27 %). Toutefois, 77 % confirment qu’il est obligatoire de faire entretenir sa chaudière ou son poêle au moins une fois par an et 77 % se disent favorables à un entretien annuel des pompes à chaleur. Mais dans la réalité, les pratiques d’entretien restent perfectibles. Pour le chauffage, 82 % déclarent entretenir leur appareil au moins une fois par an (83 % pour les chaudières contre 75 % en 2015). Parmi eux, 79 % font appel à un professionnel et 49 % ont souscrit un contrat d’entretien (parmi ceux qui possèdent un équipement de chauffage pour lequel l’entretien annuel est obligatoire).

Pour la climatisation, ces chiffres se portent à 58 % qui entretiennent leur appareil au moins une fois par an : 65 % font appel à une professionnel (le même que pour le chauffage à 44 %) ; 53 % ont souscrit un contrat d’entretien (le même que pour le chauffage à 33 %). Le Synasav note un risque potentiel d’effritement des pratiques d’entretien : 22 % des ménages ont envisagé de limiter la fréquence d’entretien de leur appareil de chauffage, et 41 % pour la climatisation. Parmi ces personnes, on peut dessiner deux profils : les contraints et les occasionnels.

Le syndicat met néanmoins en lumière l’action du technicien de maintenance puisque deux tiers des ménages font réaliser l’entretien de leur équipement par un professionnel, la réputation et recommandation du technicien étant le premier critère de choix de la société de maintenance pour le chauffage, suivi du prix. Confiance et fidélité ont pour conséquence le souhait des Français de confier d’autres rôles à ce professionnel pour au moins un service (59 %), pour le système de ventilation (44 %), pour les volets roulants (38 %), pour l’éclairage de la maison.

En résumé, le technicien peut jouer un rôle de fléchage et d’accélération vers la décarbonation, dans un contexte incertain, en valorisant l’entretien et en orientant vers les équipements les plus importants. « Il convient par ailleurs de sécuriser les pratiques en imaginant un cadre réglementaire et économique permettant à chacun de maintenir l’entretien », conclut le Synasav.

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