Les réactions pleuvent depuis l’annonce hier de l’abaissement du coefficient de conversion d’énergie primaire de l’électricité en énergie finale à compter du 1er janvier prochain. Pour bien en comprendre les effets, faire passer de 2,3 à 1,9 ce coefficient revient à améliorer le classement énergétique des logements chauffés à l’électricité et, de fait, faire sortir du statut de passoire thermique environ 850 000 logements. Et cela sans avoir réalisé les moindres travaux de rénovation énergétique.

C’est ce tour de passe-passe que dénonce la Capeb qui, par voie de communiqué, pointe les multiples conséquences que fait courir cette amélioration « artificielle » de l’étiquette énergétique de ces logements. La Capeb y voit notamment un risque de dérive vers une électrification massive des systèmes de chauffage, « un signal contraire aux principes de mixité énergétique ». Elle déplore également un frein à l’ambition de rénovation énergétique et, de fait, une atteinte à l’activité du tissu artisanal : « Cette évolution du CEP (coefficient d’énergie primaire, ndlr) est de nature à pénaliser les artisans engagés dans la mise en œuvre de solutions techniques variées, adaptées aux besoins des bâtiments et aux réalités locales. 850.000 logements sortis par un simple ajustement technique du statut de passoires thermiques sont autant de chantiers en moins pour les entreprises artisanales du bâtiment qui subissent déjà un fort repli de leur activité », dénonce la confédération, qui appelle le Gouvernement à réévaluer les impacts de cette mesure.
Tripatouillage et tour de passe-passe
Non moins virulente, l’association Coénove parle de « tripatouillage » et accuse « une décision déplorable sur le fond comme sur la forme (…) prise sans concertation, en plein été, qui affaiblit la crédibilité du DPE ». Par la voix de son président Jean-Charles Colas-Roy, Coénove déplore « une décision techniquement contestable, socialement injuste et environnementalement contreproductive. Cela revient, par un tour de passe-passe règlementaire, à dissimuler la précarité énergétique sans action réelle. Changer les règles du DPE ne rénove aucun logement, ne baisse aucune facture, n’améliore aucun confort. Ce n’est pas le coefficient Ep/Ef qu’il faut modifier, ce sont les logements qu’il faut rénover. »
Egalement très remonté, le Synasav perçoit au travers de cet abaissement du coefficient de conversion d’énergie primaire de l’électricité « un instrument discret de désengagement budgétaire » de l’Etat. La diminution du nombre de logements classés F ou G entraînerait mécaniquement une diminution du recours aux aides à la rénovation, dont MaPrimeRénov’, analyse le syndicat, allégeant ainsi implicitement la charge de l’Etat consacrée au financement des travaux, et cela « sans annonce formelle ». En clair, le DPE change, mais pas les logements, dénonce Cyril Radici, directeur général du syndicat : « Ce "verdissement" comptable du résidentiel permet à l'État de réduire la charge financière de la transition énergétique, sans débat démocratique sur la stratégie ».