Deux ans après son entrée en vigueur, la RE 2020 continue d'évoluer pour s'adapter aux réalités du terrain. Lors d'une conférence organisée dans le cadre du salon EnerJ-meeting, Thomas Zuelgaray (DHUP) et Nathalie Tchang (BET Tribu Énergie) ont décrypté les ajustements prévus pour la RE2025 et les difficultés rencontrées par les acteurs du bâtiment.

Thomas Zuelgaray (DHUP) et Nathalie Tchang (BET Tribu Énergie)
Lors d’une table ronde intitulée : « RE2020 : de la RE2025 à RE2031, la suite. Décryptage », Thomas Zuelgaray, adjoint au sous-directeur de la qualité et du développement durable dans la construction à la DHUP, a partagé les enseignements tirés des deux premières années d'application de la RE2020. « Nous avons recueilli les retours d'une cinquantaine d'acteurs de la filière et constatons que l'appropriation de la réglementation, notamment sur l'empreinte carbone, est globalement réussie. Toutefois, certaines difficultés subsistent, notamment sur l'analyse du cycle de vie et les fiches environnementales », explique-t-il.
Parmi les points soulevés, les constructions collectives présentent des obstacles particuliers. Pour les résidences étudiantes et petits logements (moins de 40 mètres carrés), l'impact carbone occasioné par les équipements sanitaires et canalisations reste très élevé. Une modulation a donc été instaurée pour faciliter le respect des seuils 2025.
Les petits bâtiments collectifs qui impliquent des contraintes particulières comme l'obligation d'ascenseur, bénéficient également d'une adaptation pour ne pas être pénalisés. En parallèle, des ajustements ont été apportés aux seuils de consommation énergétique pour les maisons individuelles de grandes tailles (au dessus de 100 mètres carrés) et celles situées en climat méditerranéen.
Des évolutions également concernant les réseaux de chaleurs urbains, l’indicateur IC Énergie était plus contraignant pour les maisons individuelles que pour les logements collectifs, le seuil a été aligné. Pour les réseaux de chaleur urbains auxquels les nouvelles constructions doivent se raccorder « Certains ayant pris du retard dans leur verdissement, la mise en conformité a été repoussée à 2028 pour ne pas impacter les constructions », précise Thomas Zuelgaray.
Des corrections attendues par la filière
Pour Nathalie Tchang, directrice associée de BET Tribu Énergie, ces ajustements étaient indispensables : « Nous avions signalé de nombreux cas où les seuils étaient difficilement atteignables. Par exemple, sur l’un de nos projets de résidence étudiante en brique de réemploi, nous ne pouvions guère faire mieux que le seuil 2022. La nouvelle modulation nous apporte un gain de 40 à 60 kg de CO2 par mètre carré », illustre-t-elle.
Elle souligne cependant que ces modulations apportées ne concernent que les permis de construire déposés après le 1er janvier 2025, ce qui pourrait poser un problème à certains projets en cours. « Nous espérons voir progresser d'autres sujets, comme la qualification des bureaux d'études thermiques et l'amélioration de la méthode de calcul », ajoute-t-elle.
Thomas Zuelgaray poursuit : « D'autres évolutions sont en cours pour apporter des améliorations à la méthode, notamment en étendant la RE2020 existante à d'autres typologies de bâtiments tertiaires comme les crèches, médiathèques, commerces, santé, industrie, gymnases et universités. Actuellement, seuls les locaux de bureaux et d'enseignement sont concernés. Nous avons travaillé avec le CSTB et les bureaux d'études pour fixer des seuils, et nous sommes dans la phase de validation des tests. L'entrée en vigueur est visée pour le second semestre de l'année. »
L'évolution de la RE2020 vers la RE2025 et au-delà continue donc de se préciser, avec des adaptations visant à concilier ambition environnementale et faisabilité technique pour les acteurs du secteur. La filière reste attentive aux prochaines annonces pour garantir une mise en application efficace de ces nouvelles réglementations.