Sitôt les micros ministériels éteints, la machine médiatique s’est mise en route, parfois un peu hâtivement, parlant souvent avec approximation d’une « interdiction » du gaz, sans distinction du neuf et de l’existant. Au sein de GRDF, on a tenu à apporter quelques précisions : «Cette annonce ne vise que les constructions neuves, la rénovation n’est pas concernée», rappelle dans un entretien à l’Installateur Emmanuel Bavoux, Chef de Pôle Marchés Grand Public

Comment rassurer des professionnels pour qui la présentation de la RE 2020 a fait l’effet d’une douche froide ?
Il est important de rappeler que dans le domaine de la rénovation, le soutien des pouvoirs publics reste entier. Les dispositifs d’aide aux chaudières THPE et aux PAC hybrides ont été réaffirmés en octobre lors de la présentation de la nouvelle mouture de MaprimeRenov’ et le gaz n’est nullement disqualifié dans les approches de rénovation globale.
Il est important que les ménages aient la possibilité de choisir leur énergie et leur équipement. Il ne doit pas y avoir de solution unique. En fonction du type de logement, de la disponibilité de telle ou telle énergie, ou encore des moyens financiers, la solution idéale ne peut pas être la même. Une chaudière THPE, c’est une solution fiable et éprouvée. Et pour les clients qui veulent aller plus loin et faire davantage d’économies d’énergie, il existe aussi la PAC hybride qui apporte, au travers des solutions gaz, une économie supplémentaire et davantage de sobriété.
Justement, la PAC hybride trouve-t-elle sa place dans la RE 2020 ?
Tout d’abord, il faut rappeler que déjà dans la RT 2012, il n’y avait pas de solution gaz seule en maison individuelle où un minimum d’énergie renouvelable était imposé. L’hybridation des solutions gaz est donc déjà une réalité. La PAC hybride gaz a des atouts à faire valoir, il est fort probable qu’elle figurera demain dans le panel des solutions en maison individuelle où elle sera en compétition avec la PAC air/eau, et peut-être aussi avec des solutions à base d’effet joule.
Quid du collectif qui représente le gros du marché du chauffage gaz ?
Dans le logement collectif, il sera encore possible d’installer des chaudières gaz pendant 4 ans. C’est un délai qui doit permettre de faire émerger par exemple des solutions de type PAC hybrides qui ne sont pas aujourd’hui disponibles en collectif. Par exemple la combinaison d’une chaudière THPE avec un chauffe-eau thermodynamique individuel ou collectif qui, avec un bâti renforcé pourrait passer les exigences 2024. Et bien sûr, on nourrit de grands espoirs dans la prise en compte du gaz vert dans la construction neuve et notamment en collectif. Le dossier est entre les mains des pouvoirs publics.
Comment voyez-vous l’avenir de la boucle à eau chaude ?
Si demain la boucle à eau chaude disparaît des logements, la réversibilité des énergies ne sera plus assurée. Avec un chauffage à effet joule, on ne pourra pas changer d’énergie aussi librement qu’on peut le faire avec le vecteur eau, qui peut accueillir une chaudière gaz, une chaudière bois, une PAC air/eau, ou encore du solaire. La boucle à eau chaude, c’est le choix. C’est un pré-équipement qui permet de choisir son énergie, d’en changer au fur et à mesure de la vie du logement, ou de l’évolution des énergies.
Les installateurs doivent retenir qu’ils sont dans une filière d’avenir. En soutenant le gaz, ils soutiennent une énergie qui demain deviendra complètement renouvelable. Plus de 200 sites injectent déjà du gaz vert en France et 1100 sont en cours d’instruction, représentant l’équivalent de la consommation de 2 millions de logements existants se chauffant au gaz. Chaque professionnel du gaz disposera demain d’un site de production à côté de chez lui. Opposer les énergies, ce n’est pas le bon sujet.
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