Pour l’organisation professionnelle, les annonces du Premier ministre d’interdire les chaudières gaz dans le neuf dès fin 2026 sont « déconnectées de la réalité économique et sociale que traversent aujourd’hui les entreprises artisanales du bâtiment. »

Un choc brutal, un signal particulièrement difficile pour les chauffagistes. Ce sont les mots de la Capeb en réaction à la présentation du plan d’électrification que veut lancer le gouvernement Lecornu. La confédération n’a pas hésité, une fois l’annonce absorbée, à prendre la parole sur l’impact de ces mesures dans le bâtiment. Pour rappel, le Premier ministre a annoncé vendredi 10 avril l’interdiction des chaudières gaz dans le neuf dès fin 2026, un renforcement massif des aides à l’électrification, l’installation d’un million de pompes à chaleur par an d’ici à 2030, la transformation du parc de logements sociaux avec une sortie progressive du gaz, ainsi que des dispositifs dédiés aux mobilités électriques pour les entreprises, notamment pour les véhicules utilitaires des artisans.
Un marché PAC « insuffisamment dynamique »
Si la Capeb dit partager l’objectif de transition énergétique et « la nécessité de réduire la dépendance aux énergies fossiles », elle estime que ces annonces sont « trop rapides et insuffisamment adaptées à la réalité du terrain ». L’organisation professionnelle alerte particulièrement sur l’impact direct pour les artisans chauffagistes. « Des entreprises très spécialisées dans les chaudières gaz risquent une rupture brutale de leur activité dans le neuf. La transition technologique apparaît difficilement absorbable dans des délais aussi courts, avec un risque de désorganisation des entreprises artisanales déjà fragilisées par la baisse d’activité et dans l’impossibilité de transformer ses compétences en à peine un an. » Et la confédération d’ajouter : « Le marché des pompes à chaleur reste insuffisamment dynamique malgré les aides existantes, leur coût demeure trop élevé pour les ménages ce qui freine le passage à l’acte, la rénovation globale et l’isolation ne sont pas suffisamment prises en compte alors qu’elles sont essentielles à la baisse durable des consommations et à une rénovation énergétique cohérente et efficace des logements. »
Besoin de temps et de visibilité
La CAPEB appelle le gouvernement à construire « une trajectoire plus progressive et concertée avec les professionnels », à garantir une stabilité réglementaire « indispensable aux investissements des ménages et des entreprises », à mettre en place un plan de soutien à l’activité dans le bâtiment « incluant un dispositif d’urgence pour l’emploi », à relancer la demande via des mesures ciblées notamment une baisse provisoire de la TVA sur les travaux de rénovation énergétique à 5,5 %, et à « repenser une approche globale intégrant rénovation, isolation et solutions hybrides. » Pour Jean-Christophe Repon, président de la Capeb, « sans visibilité ni confiance, cette transition risque d’aggraver la crise plutôt que de la résoudre. »