Accélérer la sortie du gaz grâce au leasing de pompes à chaleur semble être la nouvelle solution du gouvernement. Mais sans rénovation globale ni financement solide, le modèle peut-il tenir ? Décryptage d’un dispositif qui pourrait redessiner le quotidien des installateurs.

Et si le leasing de pompe à chaleur était adoubé par le gouvernement ? C’est ce que laissait entendre Maud Bregeon, ministre déléguée chargée de l’Energie, samedi 11 avril sur France Inter. "On travaille à un dispositif avec les énergéticiens qui permettra de garantir que la mensualisation de votre pompe à chaleur et le prix de l'électricité qui va avec pour vous chauffer soient toujours inférieurs au prix de votre facture de gaz", a déclaré celle qui est aussi porte-parole du gouvernement. Une prise de parole qui intervient au lendemain de l’annonce du plan d’électrification par le Premier ministre. Parmi les mesures dévoilées, l’ambition d’installer un million de pompes à chaleur par an d’ici 2030, l’interdiction du gaz dans le neuf dès 2027 et sa sortie progressive dans les logements sociaux au profit, justement, de la PAC.
Un « leasing social » qui ne répond pas aux économies d’énergie
Cette forme de « leasing social », comme l’a présentée Maud Bregeon, pourrait-elle séduire industriels, installateurs et usagers finaux ? Et surtout, serait-elle gage d’une installation pérenne et peu énergivore ? Pas si sûr, à en croire Laurent Roegel, président du groupe Airwell. « Sur le papier, ce leasing social semble être une bonne solution mais si vous ne vous concentrez que sur l’installation d’une pompe à chaleur en remplacement d’une chaudière gaz, vous n’aurez pas d’économie réelle, constate le patron du fabricant français. Vous aurez répondu au sujet d’électrification mais pas au problème d’économies d’énergie et vous garderez toujours des passoires énergétiques, mais équipées de pompe à chaleur. » Et l’industriel en sait quelque chose.
Des banques encore trop frileuses de prêter aux entreprises
Au printemps 2024, Airwell avait lancé Leezy, une offre basée sur l’auto-financement de travaux de rénovation énergétique, comprenant isolation, installation d’une PAC, de panneaux solaires et changement de menuiseries. Une partie des travaux est soutenue par les CEE, l’autre est un reste à charge financé par un crédit, lui-même remboursé grâce aux économies réelles d’énergie. L’objectif était pour Airwell de participer à la massification de la rénovation énergétique du parc résidentiel en proposant cette mensualisation à ces clients. Problème, si les banques ont pu être séduites au début, aucune n’a officialisé son partenariat avec une entreprise de travaux multigestes. C’est donc Airwell qui se retrouve à prêter de l’argent pour financer les travaux. « Nous sommes obligés de faire tout en fonds propres, confie Laurent Roegel. Un chantier représente entre 20 et 50 000 € et court sur deux à trois ans. Avec la conjoncture, notre trésorerie n’est pas aussi fournie qu’on le souhaiterait. Cela nous oblige à réduire nos ambitions de leasing. » En 2025, le groupe Aiwell a pu lancer quinze chantiers de rénovation globale grâce à son offre de leasing énergétique. Mais le fabricant de pompes à chaleur reste confiant.
« Ce coup de projecteur du gouvernement peut permettre au leasing énergétique de monter en puissance. Il faudra, bien sûr, cadrer le dispositif et éviter que la filière soit encore chahutée. Et les installateurs auront besoin d’être accompagnés dans le montage de leurs offres de leasing. Mais à quel point demandera-t-on aux industriels de sortir leur trésorerie, quasi inexistante, pour les aider ? » Cette annonce aura au moins eu une incidence positive à très court terme pour le groupe Airwell et ses actionnaires. Depuis ce week-end, l'industriel français a vu sa valeur boursière doubler.