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Le biofioul veut prendre sa part dans la décarbonation du chauffage

23 OCTOBRE 2023 - JOURNAL L'INSTALLATEUR

Le biofioul BF30 se déploie progressivement et devrait couvrir l’ensemble du territoire en 2024. Le surcoût au litre reste cependant un frein à son développement. La filière compte sur un aménagement de sa fiscalité pour réduire l’écart de prix avec le fioul domestique « classique ».

Biofioul F30

Un an après l’autorisation de mise sur le marché du BF 30, où en est-on ? Un bref rappel : depuis le 1er juillet, seules les chaudières compatibles au biofioul BF30 - un fioul contenant 30 % d’ester méthylique de colza - sont autorisées à la vente en France. Par une bizarrerie dont les textes réglementaires ont parfois le secret, le décret autorisant la mise sur le marché dudit Biofioul F30 n’est paru que plusieurs mois après, en octobre 2022… Son déploiement sur le territoire a donc mis un peu plus de temps que prévu et s’il reste encore quelques zones blanches, elles sont en passe d’être couvertes et le seront en tout cas en 2024, assure la Fédération française des combustibles, carburants et chauffage (FF3C). A ce jour, une quinzaine de dépôts répartis sur le territoire proposent du biofioul F30 et « environ 350 établissements de distribution sont engagés au développement de l’offre du biofioul F30 », souligne Frédéric Plan, délégué général de la FF3C. L’objectif à terme est d’offrir un point de livraison à moins de 50 km de chaque consommateur.

L’hybridation comme alternative

Alors que plus de 24 000 communes ne sont pas raccordées au réseau de gaz en France, le biofioul représente une alternative adaptée aux besoins spécifiques des territoires ruraux et périurbains, fait valoir la FF3C. « On ne peut pas mettre de pompes à chaleur partout », souligne de son côté Pascal Housset, président de l’UMGCCP, pour qui l’hybridation des systèmes est une alternative à prendre au sérieux : « On conserve une solution fioul, rassurante pour le client, qui assure une production de chauffage et d’eau chaude sanitaire de qualité. Le système hybride est compatible avec le biofioul. On y croit, il permet de décarboner assez rapidement ». Jean-Paul Ouin, délégué général d’Uniclima, ne dit pas mieux : « Il faut mettre en avant toutes les solutions qui permettent de décarboner, en respectant toutes les énergies, et hybrider les systèmes et les énergies. Par exemple, le solaire thermique fonctionne très bien avec une chaudière fioul. Il faut des solutions pragmatiques pour décarboner progressivement le bâtiment et le biofioul participe de ce mouvement ». Et de rappeler : « Ce n’est pas la chaudière qui est fossile, mais le produit que l’on met dedans ».

Convertir le parc existant

Les volumes de biofioul écoulés depuis sa mise sur le marché fin 2022 sont encore modestes, aux environs de 5000 m3 sur un total de 5 millions de m3 de fioul domestique distribués chaque année en France. Les ventes de chaudières fioul, pour leur part, se situent en dessous de la barre des 10 000 unités. Le défi du biofioul aujourd’hui est donc de s’attaquer au parc existant, et de convertir au biofioul les détenteurs d’une chaudière fonctionnant au fioul domestique. Un parc qui compte encore un peu plus de trois millions d’appareils en service sur le territoire. L’opération consiste à changer le brûleur, remplacer les flexibles, joints et raccords en place par des équivalents compatibles F30, et adapter la liaison d’alimentation, c’est-à-dire remplacer une ligne bitube en une ligne monotube entre le préfiltre dégazeur et le réservoir de stockage. Une opération somme toute peu coûteuse, à comparer avec le remplacement de l’équipement dans sa globalité, par exemple par une pompe à chaleur, fait valoir la FF3C. Mais il y a un autre écueil : l’écart de prix entre le biofioul F30 et le fioul domestique classique, de l’ordre de 15 %. Dissuasif pour le consommateur. Car, si sur une chaudière neuve le surcoût du biofioul est effacé par une baisse de consommation, avec à la clé des économies de l’ordre de 25 à 30 %, ce n’est pas le cas avec une chaudière existante. « Si l’on veut accélérer la décarbonation, il convient de transformer les chaudières en service à l’utilisation du F30 », expose Frédéric Plan. Une autre piste consiste à obtenir un aménagement de la fiscalité du biofioul pour en rendre le prix plus attractif. Une cause plaidée par la filière auprès des pouvoirs publics…

L'INSTALLATEUR

 

 

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