Réunis lors du salon Renodays, les présidents de la FFB, la CAPEB, Uniclima et Coedis ont affiché leur unité face à la crise. Entre récession, instabilité politique et désarroi des artisans, la filière appelle à une trajectoire nationale stable et à une rénovation énergétique plus digeste pour les ménages.

Le diagnostic est sans appel : la filière du bâtiment s’enfonce dans une récession durable, faute de vision à long terme. Huit ministres du Logement en cinq ans et demi : pour les fédérations, cette instabilité illustre un manque de cap politique devenu insupportable.
« On ne sait plus qui pilote le logement », résume Olivier Salleron, président de la FFB. Le secteur a déjà perdu 5 % d’activité en 2024, et une nouvelle baisse de 3,5 % est attendue cette année. Dans les très petites entreprises, 28 000 emplois ont disparu, tandis que la durée moyenne des carnets de commande s’est effondrée, passant de 110 à 68 jours.
Du côté de la CAPEB, Jean-Christophe Répon souligne la lassitude des artisans, qui se sentent exclus des décisions politiques. Pour lui comme pour l’ensemble de la profession, seule une planification sur 5 à 10 ans permettrait de restaurer la confiance des entreprises, des ménages et des industriels.
Une filière épuisée mais unie
Chez les industriels, la situation est jugée critique : Stanislas Lacroix (Uniclima) décrit une crise subie, marquée par une baisse du volume de rénovation et par le gel des investissements. Côté distribution, José Prétot (Coedis) observe la même inertie : « On n’est plus dans du stop and go, on est sur du stop tout court. »
Les fédérations regrettent aussi la disparition de relais politiques identifiés, citant notamment Valérie Létard, ancienne ministre, reconnue pour sa proximité avec la filière. « Elle nous avait amenée la lumière », glisse Olivier Salleron.
Relancer la rénovation
Pour redonner de l’air au marché, les fédérations convergent sur deux priorités : simplifier l’accès au marché et repenser le parcours de rénovation. Jean-Christophe Repon appelle à « ouvrir l’accès au marché et sortir de la contrainte administrative », notamment via la simplification du RGE et le déploiement d’outils de contrôle numérique.
Surtout, l’ensemble des présidents défend une rénovation par étapes : une voie médiane entre la rénovation globale, souvent inabordable, et les gestes isolés. « Il faut sortir du tout-ou-rien : faire un premier geste qui en encourage un autre », souligne Stanislas Lacroix. Cette approche progressive permettrait aux ménages d’avancer selon leurs moyens, tout en stabilisant l’activité des artisans et des fabricants. La relance passera aussi par une souveraineté industrielle renforcée pour soutenir la production locale et garantir la qualité des équipements.
Le bâtiment se dit prêt à repartir, mais réclame un cadre clair et durable. Pour les présidents réunis, la transition énergétique ne pourra réussir que si l’État, les industriels et les artisans avancent enfin dans le même sens.