L’information lancée ce mardi par le Parisien a fait l’effet d’une bombe. Selon le quotidien, le dispositif MaPrimeRénov’ pourrait être mis en suspens à compter du mois de juillet jusqu’à la fin de l’année, prétendument faute de crédits suffisants. L’information, qui n’a pas été confirmée par les pouvoirs publics mais qui paraît suffisamment sérieuse pour avoir été reprise par tous les grands médias nationaux, a suscité une vive émotion chez les professionnels, comme au sein de leurs organisations professionnelles.

« La suspension brutale de MaPrimeRénov’ constituerait un véritable coup de massue pour les entreprises artisanales du bâtiment, déjà fragilisées par une conjoncture économique tendue », a réagi la Capeb dans un communiqué. Pour la confédération, les difficultés budgétaires actuelles sont largement dues au choix qui a été fait de privilégier les rénovations d’ampleur. Des rénovations plus coûteuses, et donc plus consommatrices d’aides publiques. Mais aussi plus attrayantes pour les fraudeurs… « Certains acteurs ont su tirer profit du système en adaptant leurs offres au plafond maximal de la prime, entraînant une surfacturation, avec pour conséquence un étranglement budgétaire du dispositif et un emballement du nombre de dossiers aux montants excessifs », dénonce la Capeb qui plaide plutôt en faveur d’un parcours de rénovation étalé sur plusieurs années. Même indignation au sein de la Fédération Française du Bâtiment qui considère inacceptable un gel de MaPrimeRénov’ : « On ne peut pas appeler à accélérer la rénovation énergétique et, dans le même temps, saboter un des seuls outils qui fonctionne ! », s’insurge Olivier Salleron, le président de la Fédération. Et que dire de la filière industrielle, qui a investi dans de nouvelles capacités de production ? " Si elle était avérée, cette décision (..) compromettrait une dynamique de création et de préservation d'emplois ainsi que les efforts engagés pour renforcer la souveraineté et l'attractivité industrielle de la France dans ce secteur stratégique ", déclare Régis Luttenauer, DG de Vaillant Group en France et membre du bureau Uniclima, qui demande le plus rapidement possible de la visibilité pour les deux prochaines années.
30 changements depuis le début de MaPrimeRénov'
Pour Pascal Housset, président de l’UMGCCP, cette annonce arrive au pire moment, alors que le secteur du bâtiment a déjà un genou à terre : « Il y a comme un vent de panique depuis hier, le téléphone n’arrête pas de sonner, les clients s’inquiètent de savoir s’ils auront bien les aides qui leur ont été promises. On n’avait pas besoin de ça, alors que de nombreuses entreprises sont déjà en difficulté en raison des délais de traitement des dossiers qui assèchent les trésoreries. Cette annonce ajoute de la crise à la crise. Elle décourage aussi les entreprises à rester dans le dispositif RGE. Beaucoup en sortent et se reportent sur la plomberie, la salle de bains ou encore la maintenance, un métier en plein développement grâce à l’économie du ’faire durer’ plutôt que remplacer ». Pascal Housset fera partie d’une délégation de responsables d’organisations professionnelles qui sera reçue vendredi à Bercy avec comme objectif de convaincre que la dynamique de travaux profite à tout le monde, y compris à l’Etat. « Les travaux, ce sont des recettes pour l’Etat, des remontées de charges et de TVA ».
Une chose est certaine, ceux qui implorent depuis des années de la stabilité dans les aides et une vision à long terme en sont pour leurs frais. Pascal Housset a compté 30 changements successifs depuis le lancement de MaPrimeRénov’. « Comment voulez-vous que les entreprises comme les particuliers s’y retrouvent ? » Et le président de l’UMGCCP de s’interroger si au final, il ne vaudrait pas mieux cesser de tout miser sur les aides et laisser le marché s’autoréguler. « Ca fonctionne avec la clim qui se vend très bien sans aucune aide et avec une TVA à 20 % ! »
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