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Eric Vial (Propellet) : «Tout est fait pour stopper le bois-énergie»

13 DÉCEMBRE 2023 - L'installateur

Le délégué général de l’association Propellet dénonce la politique énergétique du gouvernement. Sans langue de bois.

Eric vial

Tribune

Le manque de vision des décideurs est affligeant. On nous annonce en fanfare une augmentation du budget de MaPrimeRénov’. Mais d’une part, il y a des soucis au niveau du paiement de cette aide, et d’autre part, la rénovation globale à tout prix, ça sera très compliqué. Une bonne partie de l’enveloppe ne va pas être utilisée. Pour le chauffage, l’Etat mise tout sur la pompe à chaleur. Elle a beaucoup d’atouts, c’est normal qu’elle se développe. Le bois en a aussi beaucoup et est une énergie complémentaire parfaite. Mais ce n’est pas la logique que prend l’Etat. On va au-devant de gros problèmes et de grosses désillusions. Les pompes à chaleur ne peuvent pas s’installer partout. Et avec l’augmentation de la consommation électrique, le réseau ne va pas suivre. D’ailleurs, le gouvernement travaille sur un décret qui imposerait aux consommateurs de baisser ponctuellement leur consommation d’électricité. Il y a d’autres solutions avec le bois. Quand les Français n’auront pas les moyens de faire réparer leur pompe à chaleur en panne ou ne pourront pas payer leur facture d’électricité, on pourrait avoir un épisode pire que celui des gilets jaunes.

Pourtant les solutions existent. Notre objectif était de faire passer le nombre de foyers chauffés au bois de 8 à 12 millions d’ici 2030 sans augmenter la consommation de bois. Le gouvernement fait tout pour casser cette dynamique et passer à l’électricité tout de suite. Il mise sur l’éolien, le solaire et le nucléaire. Les deux premières énergies peuvent être déployées rapidement, mais ne suffiront pas, et les nouveaux réacteurs nucléaires seront opérationnels dans 25 ans. A l’inverse, nous allons avoir dans les années qui viennent une quantité significative de biomasse disponible : à cause du changement climatique, des arbres vont malheureusement se dessécher et mourir sur pied. Et c’est seulement dans 15 ou 20 ans que les nouveaux usages de la biomasse (notamment le biocarburant aérien) seront opérationnels. Bref, on fait les choses à l’envers.

Il y a un an, le ministère de l’Industrie nous demandait avec insistance d’augmenter la production de chaudières et de granulés. Aujourd’hui, tout est fait pour stopper le bois-énergie. On abandonne les milliers de professionnels qui se sont investis dans la filière : les sites de production de granulés, les fabricants d’appareils, les magasins de poêles, les installateurs qui ont formé leurs personnels… Mais où va-t-on ?

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"Qui veut la mort du chauffage au bois ? " : Thomas Perrissin, vice-président du Syndicat Français des Chaudiéristes Biomasse (SFCB)

De son côté, le Syndicat Syndicat Français des Chaudiéristes Biomasse (SFCB) a accueilli fraîchement l'annonce de la baisse de 30 % des forfaits MaPrimeRénov' pour l'installation d'un chauffage au bois : " Qui veut la mort du chauffage au bois ?" s'émeut Thomas Perrissin, vice-président du syndicat, qui dénonce une contradiction : " L’ANAH annonce dans son communiqué du 7 décembre « des aides financières plus importantes pour accélérer les rénovations de qualité » et « pour accélérer la décarbonation des modes de chauffage ». Et en même temps que l’annonce d’un budget en hausse, l’ANAH prévoit de diminuer de 30 % ses aides à l’installation d’appareils de chauffage au bois au 1er avril 2024 ! Une baisse des aides dans 3 mois, uniquement sur le bois énergie ! "

Et Thomas Perrissin de rappeler que le bois-énergie reste aujourd’hui la première énergie renouvelable en France et que tous les scénarii vers la neutralité carbone 2050 s’appuient largement sur le bois-énergie. " La filière bois représente plus 450 000 emplois, et si la filière bois-énergie ne pèse « que » 10% de ces emplois, elle est indispensable à l’équilibre de l’industrie de première transformation : éclaircies pour permettre d’accompagner la croissance des arbres sélectionnés pour le sciage, granulation de la sciure, broyage des branchages : sans la bonne valorisation de tous ces connexes, la filière de première transformation du bois française n’est pas compétitive. Le choix de l’ANAH est contraire aux ambitions écologiques et industrielles de la France (..)  Le choix de l’ANAH est contraire à l’engagement de toute une filière qui a pris de gros risques pour répondre présent ces dernières années et permettre aux français de sortir des fossiles (..) Après 3 années COVID et post-COVID durant lesquelles nous avons pris de gros risques pour accompagner le marché dans un contexte d’approvisionnement difficile et de hausse des prix des matières premières, et avec un coup de frein brutal fin 2022, la filière est dans une situation difficile : gros investissement R&D et de production, stocks élevés de chaudières. Nous ne pourrons pas faire face à un nouveau ralentissement du marché en 2024 ".

 

L'INSTALLATEUR

 

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