Chauffagiste dans le Haut-Rhin, un des départements les plus durement touchés par l’épidémie, Sylvain Ficara* a mis son entreprise à l’arrêt et placé ses salariés en chômage technique dès le premier jour du confinement. Désormais seul à bord, il continue d’assurer les urgences pour ne pas laisser ses clients en panne d’eau chaude et de chauffage.

«La première semaine, nous étions complètement fermés, mais ensuite les températures ont chuté, jusqu’à – 3 °C la nuit, j’ai repris les dépannages, tout seul. Je ne fais que les urgences, à raison de cinq ou six par jour. Là, la question de nous laisser entrer ou pas ne se pose même pas, on est attendu comme le messie ! S’ils pouvaient nous embrasser, certains clients le feraient !» Lorsqu’il le peut, Sylvain Ficara essaie de dépanner à distance, en guidant son client par téléphone, histoire de vérifier que la panne ne provient pas d’un simple manque d’eau ou de piles usagées. Mais ça ne marche pas à tous les coups. «On fait beaucoup de rafistolage. Depuis trois semaines, j’ai sauvé pas mal de chaudières, j’en ai placé quelques-unes en mode survie le temps du confinement. Certains clients voulaient les changer tout de suite, mais pas question. Pour l’instant on bricole. Je leur dis : ça tournera, vous aurez de l’eau chaude et du chauffage, mais je ne fais pas d’installation pour l’instant. C’est pour cela que je n’ai pas peur pour la reprise. On aura du boulot.»
« On n’est pas loin des 100 000 euros qui s’envolent »
Pour l’heure, la reprise des chantiers et des entretiens n’est pas à l’ordre du jour. «J’attends de voir la tournure que vont prendre les choses. Il faut pouvoir protéger les salariés et pour le moment, on ne peut pas, on n’a pas de masques.» Sa corporation d’installateurs a passé une commande groupée de gel qui devrait arriver prochainement. Quid du guide sanitaire ? Inapproprié aux petites entreprises, juge-t-il. Un autre problème subsiste, celui des approvisionnements, avec des délais de livraison qui s’allongent. «Chez Viessmann, je peux commander, ils ont les pièces. Le problème c’est Chronopost. Ils livrent en 5-7 jours. Ce sont les livraisons qui freinent. Les grossistes ont repris pour la plupart, en drive. Ca fonctionne avec ce qu’ils ont en stock. La semaine dernière j’ai dû aller chercher une pompe à 1 heure de route, parce qu’une cliente était en panne. On l’a fait mais on ne peut pas faire ça tout le temps.» Evidemment, les retards s’accumulent. : le SAV, les chaudières qui ont été vendues avant la crise et qui attendent d’être installées… «On a 2000 clients en entretien et on vend entre 70 et 80 chaudières par an. Là, on loupe une bonne dizaine de chaudières, et environ 200 entretiens. On n’est pas loin des 100 000 € qui s’envolent», calcule-t-il, sur un CA de 850 k€ l’an dernier. «Mais je peux tenir, j’ai de la trésorerie, j’ai de la chance d’avoir fait une bonne année l’an dernier, ça sert. D’autres risquent d’y laisser des plumes c’est certain.»
Garder le moral malgré tout
La reprise, Sylvain Ficara l’espère au plus vite, comme tout le monde. Mais il faut être certain qu’elle puisse se faire dans de bonnes conditions pour chacun. «On ne rattrapera pas le retard, ce n’est pas possible. Mais du moment que l’on a tous la santé, c’est l’essentiel. On ne sera pas les seuls à avoir un bilan moins bon que les autres années, c’est ce qu’il faut se dire. Ce sera le cas pour tout le monde, et partout sur la terre entière. Personne n’aurait imaginé ça. On vous aurait dit il y a trois mois que tout allait s’arrêter, vous auriez pouffé de rire. Il faut rester optimiste, c’est ma nature. Ca me permet de relativiser, de prendre du recul, de me reposer aussi. Il fait beau, ça a presque un petit air de vacances. Mais il ne faudrait pas que ça se prolonge de trop non plus…»
*Aquachauffage à Kingersheim et Saint-Louis (68)