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Coefficient de conversion électricité à 2,3 : « un contre-sens » pour Energies & Avenir

15 JANVIER 2020

L’association défendant le mix-énergétique Énergies & Avenir a réagi ce mercredi 15 janvier à la décision du gouvernement de retenir un coefficient de conversion en énergie primaire (Pef) de l’électricité de 2,3 pour les calculs préparatoires de la RE2020, au lieu de 2,58 actuellement. Elle regrette fortement cette décision, « qui va à l’encontre de l’objectif de réduction de nos consommations énergétiques et ne prend pas en compte la concertation des acteurs impliqués sur cette question ».

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Selon Philippe Méon, président d’Énergies & Avenir : « Si l’on traduit concrètement cette décision de l’administration d’apparence très technique, c’est une légitimation des chauffages électriques directs à effet Joule dans les bâtiments neufs, c’est-à-dire un contre-sens pour la performance énergétique, un comble pour une réglementation environnementale ! ». Pour l’association, cette décision est d’autant plus surprenante qu’elle va à l’encontre des principes invoqués par le gouvernement comme la neutralité carbone et la réduction des consommations énergétiques. En effet, le recours massif à des équipements électriques augmentera la pointe hivernale et favorisera le recours aux centrales thermiques ou à l’importation d’électricité. Les travaux d’Energies & Avenir montrent qu’« une baisse du Pef permet la surconsommation énergétique dans les bâtiments neufs et dissimule les passoires thermiques dans l’existant ».

Un passe-droit pour la surconsommation dans le neuf

Pour être réglementaire, un bâtiment neuf ne doit pas dépasser un certain seuil de consommation exprimé en énergie primaire par m² et par an, soit 50 kWhEP/m²/an en moyenne en France. Si la valeur du facteur d’énergie primaire de l’électricité diminue, la consommation en énergie primaire d’un bâtiment chauffé à l’électricité va rester identique puisqu’il s’agit du seuil réglementaire. En revanche, sa consommation d’énergie finale va augmenter.

Exemple d’Energies & Avenir :

Un bâtiment neuf chauffé à l’électricité consomme aujourd’hui comme demain 50 kWhEP/m².an au plus. Cependant, en cas de révision du coefficient d’énergie primaire, il consommera 50/2,3 = 21,7 kWhEF/m².an alors qu’avant la révision, il n’en aurait consommé que 50/2,58 = 19,4 kWhEF/m².an. Autrement dit, les nouveaux bâtiments chauffés à l’électricité auront le droit de consommer plus d’énergie qu’aujourd’hui, plus précisément 12 % de plus qui se retrouveront aussi sur la facture d’électricité !

Dans l’existant des passoires thermiques dissimulées

Les passoires thermiques sont définies comme les bâtiments dont la consommation en énergie primaire est supérieure à 330 kWh par m² et par an (Etiquettes F et G dans le DPE- 2012). La réduction de la valeur du facteur de conversion en énergie primaire de l’électricité laissera naturellement inchangée la consommation d’énergie finale des bâtiments chauffés à l’électricité mais entrainera de facto une baisse de leur consommation d’énergie primaire. Par conséquent, ces bâtiments se verront attribuer une meilleure étiquette énergie sans pour autant avoir fait le moindre effort, ni sur les performances de leurs systèmes de chauffage, ni sur la qualité de leurs bâtis (renforcement de l’isolation pour réduire les besoins énergétiques par exemple). Ainsi, un bâtiment fortement consommateur d’énergie sera mieux classé sur l’étiquette énergétique du DPE. Ceci revient à dissimuler les passoires thermiques chauffées à partir de systèmes électriques, peu performants du type effet Joule, au détriment de systèmes tels que la chaudière à condensation ou la pompe à chaleur.

Exemple d’Energies & Avenir :

Un bâtiment existant chauffé à électricité consommant 331 kWhEP/m².an porte aujourd’hui une étiquette énergie « F ». Demain, en cas de révision du coefficient d’énergie primaire, il affichera une consommation d’énergie primaire de 331/2,58x2,3 = 295 kWhEP/m².an et une étiquette énergie « E » sans que sa consommation finale d’électricité, ni sa facture d’énergie aient changé ! De plus, alors qu’aucuns travaux d’économie d’énergie n’ont été réalisé, il ne sera plus considéré comme une passoire thermique !

Regrettable pour l’association

« Nous regrettons cette décision, d’autant plus que de nombreux acteurs, professionnels comme associatifs et le Conseil Supérieur de la Construction et de l’Efficacité Énergétique avaient demandé un maintien du Pef à sa valeur actuelle – déjà sous-estimée – car il n’est pas sérieux d’appliquer dès maintenant une valeur qui correspond à un scénario qui pourrait hypothétiquement être atteint, et dont nous n’avons aucune garantie » ajoute Philippe Méon. Au contraire, comme proposé par une parlementaire de la majorité pendant les débats sur la loi Énergie Climat, Énergies & Avenir plaide pour un Pef qui corresponde réellement au mix énergétique, c’est-à-dire révisé tous les cinq ans et calculé à n-1.

L’association a tenu à ajouter que l’annonce de la réduction factice du contenu carbone du chauffage électrique de 210 gCO2/kWh à 79 gCO2/kWh était « également un mauvais tour ». « Comment expliquer une telle diminution alors que rien sur le fond n’a été modifié concernant la production d’électricité ? », s’interroge-t-elle…

 


 

Un manque d'ambition pour Coenove

Ces premiers arbitrages n'ont qu'une seule conséquence : favoriser davantage le recours à l'électricité au sein du bâtiment. Mais cela n'était-il pas, en fait, le but recherché, sans l'exprimer clairement ? « Les choix qui viennent d'être pris ne sont clairement pas à la hauteur des enjeux » pour Bernard Aulagne, président de l'association, pour qui le sentiment principal qui ressort est celui d'un écran de fumée. « Les professionnels sont consultés depuis des mois - les bureaux d'études notamment - et démontrent par a + b que l'on ne peut tordre la réalité physique, sauf à prendre des artifices pour arriver in fine au résultat escompté. En voilà encore un exemple flagrant ».

L'annonce d'un facteur de conversion à 2,3 n'est pas une surprise tant le bruit courait déjà depuis plusieurs semaines. C'est même une valeur de 2,1 qui avait été lancée et avait suscité de nombreuses réactions d'acteurs du bâtiment... qui ont donc été entendues puisque la valeur retenue est 2,3. De qui se moque-t-on ? C'est oublier que le facteur de conversion n'est pas le fruit d'une discussion de marchand de tapis, c'est une réalité physique. C'est oublier également que la Commission européenne a retenu récemment une méthode de calcul qui fait référence (utilisée dans la directive Efficacité Energétique) et qui, appliquée au mix électrique français 2020, conduit à une valeur de 2,8 ! ... ce qui ne va pas dans la direction du but recherché : favoriser l'électricité rappelle le Président de Coénove.

Deuxième tour de passe-passe : le contenu carbone de l'électricité qui passe miraculeusement de 210 g dans l'expérimentation E+C- à ... 79 g, au motif d'un changement de méthode que contestent tous les experts indépendants. Cette méthode conduit à minimiser le contenu carbone de l'électricité utilisée pour le chauffage alors même que la réponse aux besoins en hiver passe par des moyens de production carbonée mais également des importations au contenu carbone très supérieur à l'arbitrage retenu. Le plus regrettable pour l'association reste avant tout la négation de tous les efforts engagés par la filière pour décarboner le gaz. Un développement des gaz renouvelables dans les territoires, pourtant souhaité par tous, pouvoirs publics au 1er rang. Fin 2019, Coénove avait rendu public les résultats d'une vaste étude confiée au cabinet Artelys démontrant que la neutralité carbone dans le secteur résidentiel peut pleinement être atteinte en préservant un mix énergétique pluriel et diversifié, garant de la sécurité d'approvisionnement et valorisant les forces de chaque énergie au plus près des usages.

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