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Thierry Rieser : "Aucune mesure pour faire barrage à l'effet Joule"

03 DÉCEMBRE 2020 - CFP

Le gérant du BE Enertech revient pour sur les derniers arbitrages de la RE 2020 qui condamnent notamment le chauffage au gaz en 2021 dans les maisons neuves et en 2024 dans le collectif.

Rieser

Thierry Rieser, gérant du BE Enertech, regrette dans un premier temps que l’ambition initiale de la RE 2020 ait été oubliée et se dit agacé sur cette concertation lancée en 2015 « qui n’en était pas vraiment une ». « Les sujets les plus importants comme le coefficient d’énergie primaire de l’électricité à 2,3 (au lieu de 2,58) ou le facteur d’émission du chauffage électrique à 79 g CO2/kW.h (au lieu de 210 g) était explicitement exclus de l’ordre du jour. Or ces coefficients ne reflètent pas la réalité du réseau électrique et la problématique de la pointe hivernale très carbonée ! Finalement il n’y a pas non plus d’obligation d’intégrer une production d’énergie renouvelable locale, alors que l’ambition initiale était de généraliser les bâtiments à énergie positive ! On est également passé totalement à côté de l’enthousiasme de l’expérimentation E+C- ».

Fin du chauffage au gaz en 2021

La sortie du gaz dans le logement neuf ne me pose pas de problème à Thierry Rieser puisqu’il « faudra en sortir à terme » mais il regrette cette annonce « radicale et disproportionnée ». « Il ne faut pas oublier que le gaz renouvelable pourra demain alimenter les chaudières gaz existantes (et aussi pour les transports). Si l’objectif de décarboner le chauffage est louable, la différence de traitement avec le radiateur électrique est frappante : malgré la promesse renouvelée de faire barrage à un retour « massif » du convecteur électrique (comprendre entre les lignes qu’il n’est pas exclu qu’il revienne partiellement ?), il n’y a pour l’instant aucune mesure concrète pour le garantir, seuls sont gravés dans le marbre les cadeaux du 2,3 et du 79 g. Pour le gaz, on crée un nouvel indicateur ad hoc pour l’exclure, alors que pendant la concertation il était exclu d’en ajouter, il fallait plutôt en enlever par rapport à la RT2012, « simplification » oblige. Pour l’électricité, on n’aura que l’indicateur Cep (consommation d’énergie primaire 5 usages) pour faire barrage au radiateur électrique. Or sur les premiers retours du GT applicateur, les tests sont réalisés sur des bâtiments RT 2012 dont l’enveloppe est à peine renforcée et pas à la hauteur de ce qu’on attendait pour la RE 2020. Je suis donc toujours inquiet quant à la prolifération de grille-pains dans les logements neufs soumis à la RE 2020. »

« Nouvel indicateur Bbio bancal »

Le renforcement de l’exigence sur le besoin bioclimatique dit Bbio est lui salué par de nombreux acteurs. Même s’il est loin d’être au niveau passif, cet indicateur « va dans le bon sens » pour Thierry Rieser. « C’est une bonne intention mais le Bbio reste une boite noire bancale, car il mélange le besoin de chauffage, l’éclairage et le besoin de froid. Difficile à interpréter… »

Concernant le confort d’été, Thierry Rieser y voir un réel progrès sur sa prise en compte dans la RE. « Nous avons cependant une inquiétude sur le fait que la conception du confort d’été passif soit mal prise en compte par le prochain moteur de calcul de la RE 2020. Par ailleurs, sur le calcul carbone, on est passé d’une méthode de calcul classique ACV – testée dans le label E+C- – à une méthode de calcul ACV dynamique qui a pour effet de favoriser la construction bois mais qui reste une approche assez peu physique dans le sens où les coefficients de pondération pris en compte sont mal justifiés. Le gouvernement souhaite encourager le stockage du carbone via l’ACV dynamique ce qui est encore une fois une intention louable. On aurait pu avoir deux indicateurs distincts (ACV classique d’une part et stockage carbone d’autre part) pour plus de compréhension. Au prétexte de simplifier les choses, on produit des usines à gaz qu’on ne maîtrise pas ».

Plus globalement, Thierry Riser s’inquiète du fossé qui se creuse entre les intentions politiques affirmées : aller vers le bâtiment à énergie positive, décarboner le chauffage en évitant les radiateurs électriques, rénover l’ensemble du parc au niveau BBC, encourager la rénovation complète et non par étapes, sortie de la précarité énergétique etc. ; et la réalité des mesures mises en place par l’administration, dont certains arbitrages semblent contre-productifs pour de nombreux acteurs de terrain.

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